Les conducteurs de train à travers l'Espagne ont entamé une grève nationale de trois jours, provoquant d'importantes perturbations du trafic ferroviaire, les syndicats exigeant des garanties de sécurité urgentes suite à deux accidents ferroviaires mortels survenus en janvier.
La grève, lancée par le syndicat des conducteurs de train SEMAF, perturbe les services à grande vitesse (AVE), interurbains, régionaux et de banlieue (Cercanías) sur l'ensemble du territoire. Malgré la mise en place d'un service minimum, les voyageurs des grandes villes comme Madrid, Barcelone, Séville et Valence subissent des retards et des annulations.
Deux accidents qui ont changé le débat sur la sécurité ferroviaire
Ce mouvement social fait suite à deux graves accidents ferroviaires survenus à quelques jours d'intervalle, qui ont ébranlé la confiance dans le système ferroviaire espagnol, pourtant si vanté.
Le premier accident s'est produit le 18 janvier près d'Adamuz, dans le sud de l'Espagne, lorsqu'un train à grande vitesse a déraillé et est entré en collision avec un autre train circulant en sens inverse. Quarante-six personnes ont trouvé la mort, ce qui en fait la pire catastrophe ferroviaire en Espagne depuis plus de dix ans.
Un rapport préliminaire de la commission d'enquête sur les accidents ferroviaires (CIAF) a révélé que les rainures sur les roues du train déraillé, et sur trois trains précédents, suggèrent qu'une fracture de la voie s'est produite avant le passage du train.
Deux jours plus tard, un second accident s'est produit près de Barcelone : un train régional a déraillé après l'effondrement d'un mur sur la voie. Le mur a d'abord percuté la cabine du conducteur, tuant un conducteur stagiaire, avant d'endommager la première voiture. Au moins 37 passagers ont été blessés, la plupart se trouvant dans cette voiture.
Les contrôles de sécurité révèlent d'autres défauts
Suite aux collisions, des inspections de sécurité supplémentaires ont révélé des défauts et des problèmes d'entretien sur plusieurs lignes, alimentant encore davantage les inquiétudes des syndicats.
La SEMAF a déclaré que ces accidents représentent « un tournant », mettant en garde contre la « détérioration constante du réseau ferroviaire » et appelant à une action immédiate pour garantir la sécurité des opérations ferroviaires.
Ce que réclament les conducteurs de train
Le syndicat réclame :
- Une augmentation des effectifs pour réduire la fatigue et la pression liées à la charge de travail.
- Un investissement accru dans les systèmes de maintenance et de sécurité.
- Des garanties claires que les avertissements de sécurité émis par les conducteurs soient pris en compte.
Les représentants syndicaux affirment que les accidents de janvier n'étaient pas des incidents isolés, mais le résultat de problèmes systémiques qui ont été ignorés pendant des années.
Le gouvernement rejette les allégations de sous-investissement
Cette affaire constitue désormais un test politique majeur pour le gouvernement espagnol. Le Premier ministre Pedro Sánchez devrait être interrogé au Parlement cette semaine sur les défaillances révélées par ces accidents.
Le gouvernement dirigé par les socialistes a rejeté les accusations de sous-investissement, affirmant que 700 millions d'euros ont été dépensés ces dernières années pour moderniser la ligne ferroviaire Madrid-Andalousie, y compris le tronçon où s'est produit l'accident d'Adamuz.
Le ministre des Transports, Óscar Puente, a déclaré :
« Nous ne sommes pas face à un problème de manque d'entretien, ni à un problème d'infrastructures obsolètes, ni à un problème de manque d'investissement. »
Perturbations des transports à travers l'Espagne
La grève devrait avoir un impact important sur les usagers des transports en commun et les touristes, notamment sur les axes principaux et les liaisons ferroviaires aéroportuaires. Les opérateurs ferroviaires invitent les voyageurs à consulter les horaires à l'avance et à prévoir un temps de trajet plus long pour les déplacements essentiels.
Alors que les négociations se poursuivent et que la surveillance publique s'intensifie, la grève est devenue plus qu'un conflit du travail : c'est désormais un débat national sur la sécurité, la responsabilité et la confiance dans les chemins de fer espagnols.